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Rouge sang de vie, rouge passion, rouge combat pour exister, rouge ce qui bouge.
Plume d'or plume d'oie, plume lourde ou légère, plume d'oiseau migrateur ou messager...
Rouge la plume qui caresse ou égratigne la peau des choses,
mais rouge aussi la couleur des joues intimidées,
et plume l'écran d'oreiller sous lequel elles se cachent.
tout en haut du ciel
bloc d’acier immobile aux yeux de mille pattes
à l’intérieur
moteur hurlant de tous ses bruits
écouteurs déferlant en musique
écrans cracheurs d’images
essaim de jambes qui tressaillent
le sol est sale
quelqu’un dort
lunettes de tissu sur les yeux
soudain par le hublot
où le froid imprima sa dentelle de givre
c’est le miracle du Groenland
pics rocheux aux couloirs enneigés émergeant des nuages
et la machine enfin
comme un grand oiseau blanc survolant les merveilles
et sur mon siège dur je suis Niels Olgerson
le monde m’appartient
au milieu du vacarme j’ai trouvé le silence
le silence et le rire
et je n’ai plus besoin d’acier pour m’envoler
je plane je lévite
je fonds vers la lumière
les yeux noyés dans l’aveuglante blancheur
qui ouvre au creux de mon regard
des fenêtres de verdure
monter toujours plus haut
ne jamais redescendre
ne jamais replonger
sous le plafond de nuages
nez dans le gris des agendas
Inaccessible étoile
Je ferme les yeux
je les ouvre à nouveau
je prends mon carnet et mon crayon
Mots à maux le long courrier
au fond de ma mémoire
poursuivra mon voyage
sous les dorures on brade
les médailles
métaux fondus dans la sueur
L’instant est devenu minute heure journée
Et puis semaine mois et saison et année
Il s’est retourné sur lui-même et à nouveau s’est dilaté
La spirale s’éloigne de son point de départ
Mais la peine est toujours là
Du souffle profond qui s’épuise à jamais
Du regard sur l’ailleurs et soudain absenté
Du corps qui se relâche puis se fige et se glace
Tous les soirs je retourne vers l’if
Qui m’écoutait aux jours d’angoisse et d’agonie
Pour retrouver l’écho de celle qui est partie
Son regard sa chaleur et sa voix m’y entouraient encore
Mais aujourd’hui dans la clarté de l’évidence
Je l’ai sentie soudain me quitter doucement
- Comme un oiseau qu’on libère enfin prend son envol -
Et s’en aller où je ne peux la suivre
Rejoindre ceux qui l’y ont précédée
Vertige de l’abandon au bord de mon désert
Sans force je me suis assise sur la terre
Toutes les larmes de mon corps
Moi qui les avais retenues
Je les ai pleurées
Jusqu’ à la dernière
Au pied de l’arbre déserté
La source asséchée de mes yeux
S’est tournée vers l’intérieur de mon pays secret
Les souvenirs ont afflué
Joyeux moments du temps passé
Cris et rancoeurs aussi que la vie apaisa
Ce long chemin guidé par sa présence
Et dont j’avais oublié la lumière
Je l’ai trouvé intact comme une part de moi-même
Désormais je ne serai plus seule
J’ai planté mes racines tout au creux de la terre
Mes branches ont poussé bien au-delà du ciel
En équilibre entre les deux je suis un arbre vigoureux
Intégré dans le cycle sans fin des saisons
Je me redresse lentement comme on danse une valse
Je veux bouger ainsi que ferait une reine
Je cueille un rameau de l’if qui écouta ma peine
Un jour je le rendrai à la terre
Car je n’en aurai plus besoin
Rêves
Brisures de rêves que je retrouve au fil de mes éveils fugitifs
Patchwork d'images couverture de visions
Dont le jaillissement protège mon obscurité
Invente l’unité des heures noires
Rêves
Et je cherche à garder en main tous les fils de la toile
Pour pouvoir araignée
Emprisonner la nuit
La sucer jusqu'à la moelle
Rêves
Et je m'enroule à tous les cheveux de comète
Pour enfin corps des étoiles éteintes
Parcourir l'infini et retrouver mon âme
Souvenir d'un matin d'éveil sensuel et chaud
à voix de chatte enfin s'abandonnant
au bonheur de voir se lever le soleil
dans les bras de son amant
Les paons dansent la pavane
- Pérorant à grands gestes
Des vieillards au cheveu rare
L’air est léger lumineux parfumé de pollens
Paris s’y baigne à loisir et gomme sa vieille crasse
Le pont neuf a des allures de décor
Vacarme des klaxons et des accordéons
Les étals offrent des bracelets mexicains
Des masques africains
Sur les bancs attendris rêvent les amoureux
Dans leurs tenues de lin froissé
Des touristes en maraude
Ecouteurs aux oreilles
Achètent des tours Eiffel
Sous le porche d’une banque
Assise, emmitouflée de noir,
Pieds nus dans des tongs de caoutchouc,
Berce des enfants ternis – les siens ? -
Main tendue vers les passants qu'enivre le printemps nouveau
Emmurée dans la vieille pierre
L’ombre des cœurs bannis
Charrie le souvenir de ceux
Qui n’eurent jamais de nom
Pour qui jamais il n’y eut ni place ni espoir
Ils errent transparents sans trouver le repos
Ecrasés de tous leurs os dans la fosse où ils sont entassés,
Jetés au coin du cimetière près des saints innocents
Je les entends dans la rue sombre
Où l’accordéoniste n’en peut plus
De pousser les soufflets fendillés
- A terre un gobelet et quelques pièces rousses
Je les entends dans la musique de la scie
qui me terrorisait enfant et qui me fascinait
Je croyais que l’archet hurlait
Et se plaignait du tranchant de la lame
L’homme était en gris, l’église était en noir
Et le froid était blanc
Aujourd’hui la couleur colorie la misère
Les clichés apprivoisent ou déguisent l’horreur
La basse-cour s’agite au soleil qui blondit les pierres
Le coq poursuit de ses assiduités les poules excitées
Les coquilles se fendent, petits éclats aussitôt picorés
Comiques les poussins agitent leur duvet citronné
et s’égaient au milieu des grains et des cailloux
Mais à l’écart la poule rousse,
Vieille sorcière efflanquée à moitié déplumée,
Oublie son dos sanguinolent mangé de coups de bec
Pour guetter les mégères, prête à fuir toute approche
Les renards sont à l’affût
Moi je leur ai jeté ma poupée de chiffon
Et je danse avec les loups
Sur le rocher des amours
Où ils hurlent à la lune
Mais mon cœur est un mouton noir
Dépecé et broyé dans leur panse repue
Autrefois je courais dans le jardin nocturne
Offrant ma joie légère aux arbres de la lune.
La tiède chair des pêches, le goût des baisers,
Les chemins de traverse et le cœur chaud des fleurs,
La douce voix qui berce et la main qui caresse…
Enfance de ce monde au naufrage annoncé,
Que valent mes plaisirs quand tout doit disparaître ?
Demain, après-demain, dans cinq milliards d’années
Le soleil refroidi absorbera la terre
Où tombeaux et palais ne seront plus que ruines,
Poussière enveloppant le froid désert terrestre
Depuis longtemps perdu dans la nuit d’un silence
Qui n’abritera plus ni souffle ni conscience.
Plus de regard pour voir, contempler, admirer
Les reliefs, l’horizon, et l’ombre et la lumière.
Plus de mots pour nommer, exprimer, célébrer
Les bonheurs, les douleurs, et l’amour et la mort.
Tout l ‘univers lui-même en un point condensé
Pèsera l’infini à l’aune du néant.
Plus d’espace, de temps, rien que le tout du rien.
La vie n’aura duré qu’un battement de cœur
Egaré dans le sein des siècles et des siècles.
Oiseau de paradis, retiens au bord du vide
Cet unique frisson de tes ailes faucheuses !
Le trait de ton envol est le mot de la fin.
Je ne veux pas du noir !
Oiseau chante pour moi
Dans la nuit qui descend, cet abîme sans fond
Que nul mot n’apprivoise…
Moi, soleil, je veux vivre !
Je veux avoir vécu
Et qu’un jour sur la terre il y ait des vivants
Qui n’aient jamais connu l’écho de mon passage.
"Disons-le sereinement, en poésie comme dans les autres domaines artistiques, la femme a le plus souvent été cantonnée à un rôle subalterne : muse, confidente, consolatrice… La valeur péjorative de l’appellation « poétesse » en dit plus que de longs discours. La question n’est pas de débattre s’il y a ou non une poésie féminine. La question est de mettre en lumière l’apport, à travers l’histoire, des femmes poètes et leur présence remarquable dans la création contemporaine. Ce pourra être aussi l’occasion de considérer les représentations du féminin dans l’imaginaire poétique, au-delà des stéréotypes de la célébration amoureuse."


© 2009 - Claudine Guittet
Les documents de Rouge Plume sont la propriété exclusive de Claudine Guittet, ou de leurs auteurs lorsque indiqué. Ils ne peuvent être reproduits sans autorisation préalable. Le blog contient des liens externes vers d'autres sites. Le contenu et la présentation de ces sites demeurent la responsabilité de leur propriétaire.
Je suis la mer étale, immensément tranquille,
Vaste, lisse comme un étang sans limite,
Epousant les contours immobiles du vent
Poissons dormeurs entre deux eaux,
Algues, coraux inertes parmi les épaves,
Tout se tend vers l’écoute des échos lointains,
Pour mieux accueillir les mots de sel et de feu.
L’étrave d’un bateau précautionneusement
Glisse fendant la mer d’une main bienfaisante.
Son sillage se fond dans l’onde indéchiffrable
Où se perd le soleil rétif au doux mystère.
Mais les profondeurs bleues qui bercent l’anémone
Entament leur ballet souterrain et lascif
Avec les cachalots et les dauphins agiles
Qu’embrasse tendrement la mer d’huile et de lait.
C’est une danse tournoyante et sans image
- Tourbillons vastes, lents, dilatant l’horizon
Des grands fonds interdits où s’ouvrent les étoiles
Que berce la marée de ses yeux refermés.
Et mon visage d’eau, pudique et lumineux,
Miroite en larges ondes à l’infini offertes
Autour du grand vaisseau amarré à l’instant
Qui n’en finit jamais de renaître à lui-même.
Dors en paix petit oiseau.
Depuis que tu es mort avant même de naître,
Depuis qu’on a sorti ton petit corps de moi,
En moi tu n’as cessé de vivre et de mourir
Et de revivre en vain d’une mort sous-marine
Agonisée sans fin.
Il est temps de partir mon cœur je le sais bien.
Lentement tendrement je te sens t’évader,
T’envoler de mon ventre sans le déchirer.
Comme la pluie raconte le ciel à la terre,
L’eau de mes yeux lave mon cœur souillé de sang,
Lave mon cœur ma tête et mon corps réparés
Après avoir été si longtemps séparés.
Elle irrigue le sol et le vent et l’espace
Qu’à nouveau reconquièrent les amants du voyage
Au chant plein d’énergie.
Va en paix petit oiseau.
J’accueille la brisure au sein de nos secrets,
J’accepte ton départ comme on cueille un fruit mûr,
Je prends la vie sans toi, ses soleils, ses brouillards.
Voilà. Je te libère du souci de ma peine.
Repose en paix mon cœur.
Dors en paix petit oiseau
© 2009 - Claudine Guittet
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Rencontre
- Partage des passions sur le fil si ténu
A l'orée des refus.
Rencontre
- Vertige du grand saut par-delà les frontières
Vers ce lieu invisible, aire de jeu unique,
Vide créé fragile
Au-dessus de l'abîme où court, inexorable,
La longue traversée des « je » en solitaire.
Rencontre
Des mots avec les blancs sur le papier bien lisse
Ainsi silence et voix font naître la présence
- Comme texte et musique
Sont le fil qui relie l'espace et la limite,
La chair et le souffle du vent qui fait chanter
Rencontre
- Ephémère éternel du chef-d’œuvre en germance -
Cette écoute attentive aux tensions des extrêmes.
© 2009 - Claudine Guittet
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